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23.7.11

Les hommes molécules - Fred Hoyle et Geoffrey Hoyle

"J'attendais avec impatience que les bagages consentissent à émerger d'une sorte de four crématoire à l'envers."

J'ai lu ce roman par ennui, ne faites pas la même erreur. Ce texte regroupe tout les pires clichés de la science-fiction, avec en premier lieu de la vulgarisation scientifique comme prétexte à l'intrigue.
"Eh bien, chaque créature vivante, tout en étant une sorte de structure opérationnelle, comporte également des plans pour se reconstruire. C'est ce que les biologiste appellent le capital génétique." p41
Pour faire court : un extraterrestre débarque sur Terre, et il a le pouvoir de manipuler le code génétique, de prendre la forme qu'il veux. Voilà. Et il prend le contrôle du monde. C'est fou.

Intrigue ultra-banale, écriture fade, traduction approximative, pensées profondes de l'auteur vraiment bidons.

La meilleure chose dans ce roman, c'est sa couverture : argentée avec des points noirs, très stylisée. Je dois au moins reconnaître ça : c'est pour sa couverture que j'ai pris ce livre dans la bibliothèque.

Les hommes molécules, Fred Hoyle et Geoffrey Hoyle, 1973, Albin Michel

23.1.11

La Zone du Dehors - Alain Damasio

"La caméra volante nous pistait depuis notre entrée sur l'anneau périphérique."

Hier soir, elle était grande, belle et lesbienne. Elle m'a balancé l'équivalent d'un coup de batte dans les genoux.

- Tu fais quoi à part travailler?
- Rien.
- Beaucoup d'enfants précoces finissent comme ça.

J'ai reculé de deux mètres, me suis pris la tête entre les mains et je lui ai demandé qui elle était. Elle ne m'a pas répondu.

Comment une pétasse de 20 ans peut-elle remettre ma vie en perspective? La phrase m'a choquée, elle ne cadrait pas du tout dans le contexte (alcool, amis, tour Eiffel et jongleurs de feu). 24 heures plus tard, j'ai compris qu'elle a appuyé sur un point sensible. Qu'elle cadrait parfaitement dans une période de réflexion qui a débuté avec la lecture de la Zone du Dehors d'Alain Damasio.

Ce livre est tombé au bon moment pour moi. Je ne sais pas s'il vous fera le même effet. Mais personnellement, il a amorcé un changement, que j'espère massif et profond. Je ne serai plus le même dans quelques mois, et c'est encore Alain Damasio qui m'aura donné le coup de pied au cul nécessaire.

Ce livre parle de liberté.

Ce livre vibre, pulse, exprime la liberté. Damasio fait passer physiquement son message, donne envie de courir, de crier.

Il conjugue une puissance théorique et une maîtrise du roman qui rend tout ses bouquins irrésistibles. On peut y trouver de la réflexion, de l'action, le tout dans un rythme incroyable, avec suffisamment d'énergie pour prendre le cerveau du lecteur en otage.

La Zone du Dehors. Une société futuriste, très organisée, gérée au maximum. Une démocratie dans laquelle chacun surveille son voisin. Fichage, système de caste. Dans cette horreur, finalement pas si futuriste, des rebelles cherchent à casser les schémas, à libérer de l'énergie. Leur groupe s'appelle la Volte. Le héros du roman, Capt, fait partie des leaders du mouvement. Il appelle sa copine Boule de Chat.

Comme je ne connais pas le prénom de ma rencontre d'hier, à partir de maintenant ce sera Boule de Chat. A l'image de celle du roman, elle donnait l'impression d'être libre par nature. Et hier soir, ça m'a fait mal.

La comparaison était trop douloureuse. Illustré par la Zone du Dehors : La Molte.

Dans le mouvement se lance un débat: action violente ou éducation progressive de la population? Révolution ou politique? Après une assemblée générale tendue, le mouvement se divise en deux : ceux qui assument l'action violente restent la Volte, les autres partent. Ces derniers, les politiciens, sont baptisés la Molte par ceux qui reste.

J'ai toujours fait partie de la Molte. Consensuel, sympa, souriant. Rassurant. Éviter les conflits, vivre confortablement. Tenir de grands discours sur l'intégration, mais baisser la tête en croisant une bande d'arabes qui parlent fort.

Récemment, j'ai commencé à vouloir changer. Sensation de vide. Le premier qui dit "crise de la trentaine" se prend un coup de boule.

Après avoir fini ce bouquin (en poussant un cri dans le RER à la lecture de la dernière phrase), je l'envisageai comme un médicament. Quelque jours après, je devais passer un entretien, pour travailler avec une bande d'anarchistes. J'ai pensé relire certains passages, pour me mettre dans le bon état d'esprit. Pour avoir l'air libre. Un petit shoot de Damasio comme on gobe de la MD.

Aujourd'hui je réalise à quel point je trahissais l'esprit de l'auteur. Je voulais un masque différent, plus agréable. Je vais devoir aller plus loin que ça.

Je vais écrire plus, plus fort et plus percutant. Je vais tout faire pour retrouver mon intégrité, assumer tous mes actes. Je vais apprendre à dire ta gueule plus souvent.

Et je partirais à la recherche de Boule de Chat. Mais le jour où je la retrouverais, je veux être libre. Je veux qu'elle le sente.

- Tu fais quoi à part travailler?
- J'écris.
- Petit branleur.

Pas une thérapie, un changement.


La Zone du Dehors, Alain Damasio, 1999, Editions La Volte

13.5.10

La Horde du Contrevent - Alain Damasio

"A l'origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le vent foudre."


Un chef d'oeuvre. Un plaisir de lecture incroyable. 700 pages lues en 36 heures.

Dans un monde tout en longueur, le vent souffle toujours dans le même sens. Dans la société qui y vit existe une élite. Un groupe de 22 personnes sélectionnées et formées depuis leur enfance dans un seul but: remonter le vent. A pied. Pour découvrir l'origine du vent et chercher un moyen de le comprendre, de le contrôler. Au début du roman, ils marchent depuis 15 ans.

Ce roman parle de motivation. D'idéalisme. Cela valait-il la peine de consacrer toute notre vie à ça? Autre sujet fort: le groupe. Ils ont grandit ensemble et la pire chose qui puisse leur arriver, c'est de se séparer.

"J'ai besoin de cette énergie fluante du groupe, de sentir les tensions et les fusions qui nous traversent, chacun et tous. J'ai besoin de me sentir noué dans la pelote de nos fils." p 610


Damasio s'est permis plusieurs extravagances formelles, qui auraient pu gêner s'il ne maîtrisait pas parfaitement sa démarche. Les pages sont numérotées à l'envers, ce qui fait incroyablement monter la pression à la fin de l'histoire ("Comment vont-ils pouvoir survivre encore 30 pages?").

Le plus marquant, c'est qu'il y a 22 narrateurs. Chaque membre de la Horde possède un symbole, la plupart des paragraphes commencent par un de ces symboles, qui indiquent le narrateur de ce qui suit. Déroutant au début, on y prend très vite goût. 22 personnalités, 22 styles d'expression. Cela permet à Damasio de construire un récit très rythmé.

Ce livre regorge de trouvailles, inutile d'en donner plus ici. Imaginez que parmi les membres de la Horde, on trouve un scribe capable d'écrire le vent.

Bref, un bonheur.

J'ai lu ce roman au meilleur moment possible. Dans une période de chômage, de déception amoureuse, un moment creux. En sortant de ce livre je n'avais qu'une envie: baisser la tête et avancer.

" Le vif, c'est ce qui t'a fait, c'est l'étoffe dont sont tissées tes chairs, Caracole. C'est la différence pure. L'irruption. La frasque. Quand le vif jaillit, quelque chose, enfin, se passe - " p 543


C'est en parlant de ce livre que j'ai voulu créer ce blog. Trois personnes l'ont lu d'après mes conseils, j'ai trouvé ça sympa. Envie de recommencer.


La Horde du Contrevent, Alain Damasio, 2004, Folio SF