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6.12.12

Comprendre le monde - Immanuel Wallerstein

"C'est au début des années 1970 que voit le jour une nouvelle façon d'appréhender la réalité sociale : l'analyse des "systèmes mondes"."

Je l'ai acheté pour son titre. Et il a trainé trois ou quatre ans dans ma bibliothèque. Je ne suis pas vraiment déçu de ce que j'ai lu, même si au final je ne pense pas mieux comprendre le monde. De nouveaux outils d'analyse, certes, mais pas de révélation fracassante. C'est un peu survendu, mais ça reste bon.

"Le slogan de Mme Thatcher, premier ministre britannique de 1979 à 1990, sous-tend largement l'analyse qui nous est proposée : TINA (there is no alternative). On nous dit qu'il n'y a pas d'alternative à la mondialisation, et que les gouvernements doivent se plier à ses exigences." p4

Attention : ce livre s'adresse à ceux qui ont étudié les sciences humaines, même rapidement. Il vaut mieux connaitre le mot épistémologie, un quart du texte portant sur l'évolution de la connaissance à travers l'histoire.

Immanuel Wallerstein propose un changement d'échelle dans l'analyse du fonctionnement du monde. Ne plus réfléchir sur les Etats, mais sur le système monde, un concept regroupant tous les pays impliqués dans la mondialisation.

"Les origines du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, le système monde moderne, remontent au XVIe siècle. Le système monde se trouvait alors uniquement dans une certaine partie du globe, principalement les régions d’Europe et d'Amérique. Au fil des siècles, il s'est étendu à toute la planète." p43

Cette réflexion ne se situe pas seulement dans un cadre géographique élargi, mais également dans une vision de long terme. Pour l'auteur, la mondialisation n'est pas un phénomène récent, elle s'est mise en place progressivement depuis 500 ans.

Ce cadre est utilisé pour étudier les relations entre pays, entre groupes sociaux ou politiques.

"Les États forts font pression sur les États faibles afin qu'ils acceptent des pratiques culturelles- politique linguistique, modèle éducatif- qui renforceront, à long terme, les rapports qu'ils entretiennent." p90

La thèse de l'auteur tient en une phrase simple : notre système-monde moderne est en crise. Un mot qu'on entend tellement souvent, mais qui prend un nouveau sens. Ici, on parle de crise systémique. Cette période de trouble aurait commencé dès 1968, année qui selon l'auteur marque la fin de la suprématie libérale.

La conclusion est décevante, l'escroquerie du titre est alors évidente. Pas d'explication nouvelle, au mieux une façon originale d'analyser la situation. Le sous-titre "Introduction à l'analyse des systèmes-monde" est nettement plus honnête.

Comprendre le monde, Immanuel Wallerstein, La Découverte, 2004

29.3.11

L'arrogance chinoise - Erik Izraelewicz

"Au pied du sapin de noël, il y avait cette année, un iPad, la tablette magique d'Apple, un vélo électrique superléger, la biographie illustrée de Zao Wou-Ki et puis, à nouveau, un châle en cachemire, une paire de Nike, quelques autres présents encore."

Ce gros essai étudie une nouvelle étape de la croissance chinoise: ça y est, ils ont assimilé leur puissance. Et sont devenus arrogants.

Le style est, comment dire... journalistique. Un peu lourd, un peu trop de métaphores filées, genre :
"Ils ont donc laissé la première goutte de ce supplice chinois tomber sur leur front, sans broncher" p63

L'image du supplice chinois pour illustrer la souffrance des Américains méprisés par les Chinois... Subtil. Mais on ne lit pas ce genre de livre pour son écriture, je vais donc rapidement vous exposer ses idées.

Pour Erik Izraelewicz, cette arrogance traduit un manque de confiance en soi. La croissance économique de la Chine, colossale, serait encore fragile. Les entreprises du pays ne peuvent toujours pas compter sur leur marché intérieur, et dépendent de leurs exportations pour se développer (ah oui, j'avais oublié, on parle d'économie ici).

La seule solution pour que la Chine domine réellement le monde, les dirigeants du pays en conviennent, c'est de développer ce marché intérieur, de faire monter le niveau de vie du peuple chinois. Problème: la protection sociale est quasi inexistante dans le pays, et en conséquence les Chinois épargnent. Pas de société de consommation possible quand cette épargne est indispensable en cas de maladie, et pour préparer sa retraite.

Défi pour les dirigeants du PC chinois. Ils vont faire avancer le niveau de vie, mais également d'éducation (l'innovation est encore un point faible de la Chine). Mais comment éviter un mouvement de révolte, une libéralisation politique qui changerait radicalement la structure du pouvoir?

Conclusion d'Izraelewicz : les Chinois sont arrogants mais ont peur. Pour maintenir leur position, pour espérer doubler les Etats-Unis, ils vont devoir changer.

Voilà. Intéressant, mais pas transcendant.

L'arrogance chinoise, Erik Izraelewicz, Grasset, 2011